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La prédication du mois

Lectures dans la Bible :

 

Évangile selon Matthieu, chapitre 5, versets 14-18

Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une hauteur ne peut être cachée.Quand on allume une lampe, ce n’est pas pour la mettre sous le boisseau, mais sur son support, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. De même, que votre lumière brille aux yeux des hommes, pour qu’en voyant vos bonnes actions ils rendent gloire à votre Père qui est aux cieux.

N’allez pas croire que je sois venu abroger la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abroger, mais accomplir. Car, en vérité je vous le déclare, avant que ne passent le ciel et la terre, pas un i, pas un point sur l’i ne passera de la loi, que tout ne soit arrivé. 

 

 

Évangile selon Marc, chapitre 1, versets 16-20

Comme il passait le long de la mer de Galilée, il vit Simon et André, le frère de Simon, en train de jeter le filet dans la mer : c’étaient des pêcheurs. Jésus leur dit : « Venez à ma suite, et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. » 

Laissant aussitôt leurs filets, ils le suivirent. Avançant un peu, il vit Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, qui étaient dans leur barque en train d’arranger leurs filets. Aussitôt, il les appela. Et laissant dans la barque leur père Zébédée avec les ouvriers, ils partirent à sa suite.

 

Jeter ses filets

 

Je ne sais pas si cela vous arrive aussi lorsque vous lisez ce texte où Jésus appelle ses disciples, mais je ressens à chaque lecture cette pointe d’envie, de jalousie même face aux apôtres. Jésus les appelle et eux ils obéissent immédiatement, ils laissent leur métier, leur famille, ils laissent tout pour le suivre. Au moins les patriarches de l’Ancien Testament pouvaient emporter avec eux bagages, serviteurs, familles, richesses.

 

En répondant à l’appel de Dieu, Abraham quitte, il est vrai, la ville qu’il habitait mais rien n’est perdu, et il faut voir une véritable caravane avec ses chameaux, son petit village ambulant, ses tentes, tous les gens qui gravitent ensemble, et c’est ensemble qu’Abraham et les siens suivent le commandement de Dieu de partir et de le suivre.

 

Pour la nouvelle alliance rien de tel. Jésus demande à chacun de tout abandonner. Dans ce texte, il est même dit que la réponse est immédiate : « aussitôt ils abandonnèrent leurs filets sur le rivage et le suivirent. »

 

Au moins dans l’ancien Testament à chaque appel de Dieu se succèdent les excuses : je suis bègue dit Moïse, je suis trop jeune dit Jérémie. Et Jonas ? Parlons-en de Jonas qui préfère partir en courant dans la direction inversion, partir au bout du monde pour ne pas entendre l’appel de Dieu, pour se cacher. Personnellement je me sens plus proche de ces prophètes que des apôtres de Jésus, qui quittent tout sans un regard sans une hésitation.

 

Et alors en lisant ou en écoutant ce texte, on est tenté de regarder la pointe de ses chaussures, un peu penaud, comme des enfants qu’on sermonnerait. Est-ce que j’aurais le courage de tout laisser pour Jésus : travail, famille, amis ?

Peut-être que cette réaction exemplaire des disciples s’explique mieux si nous regardons le texte de plus près. L’appel d’abord. Le verbe utilisé en grec est kaleo appeler quelqu’un par son prénom, interpeller avec autorité. Il y a deux dimensions dans l’appel que Jésus nous adresse : à la fois il nous connaît, il sait qui nous sommes, profondément. Il connaît ce qui reste une fois nos rôles écartés, une fois les conventions sociales mises de côté. Ce qui fait que chacun de nous soit unique. Et puis il parle avec autorité.

 

Nous avons souvent peur de cette autorité car nous avons peur de nos propres réactions. Face à un appel clair, limpide, nous avons peur de nous retrouver au bord du chemin, lâches, découragés, résignés. C’est sans compter sur l’essence de l’appel de Jésus, ce qui distingue son autorité de toute autre. Lorsque Jésus appelle, c’est l’appel de la vie qui retentit. L’appel à abandonner tout ce qui nous paralyse, tout ce qui nous use jour après jour. C’est l’appel à laisser à notre tour nos filets sur le rivage.

Vous savez les filets c’est avant tout ce qui emprisonne, ce qui capture, ce qui fige. Et ces filets nous les jetons chaque jour dans nos vies.

 

Nous jetons nos filets quand nous disons : « celui-là je le connais par cœur » ou quand nous nous résignons à une situation de vie qui ne nous convient pas qui nous fait mal. Nous jetons nos filets quand nous avons une idée bien déterminée de ce qui est et de ce qui doit être, quand nous enfermons nos lieux de vie dans des idées bien arrêtées et nous n’en sortons pas.

 

Cela peut être le cas dans le travail, quand tout doit correspondre au millimètre près à ce que nous avions prévu. Cela peut être le cas dans la famille, quand nous mettons des conditions pour accepter tel ou tel membre de la famille : « celui-là il exagère vraiment, ou je ne supporte pas sa compagne, ou… »  Tellement de raisons peuvent être invoqués pour rejeter les gens. La vérité c’est que nos filets sont tellement serrés que rien ne leur échappe mais surtout que tout s’y étouffe et meurt progressivement.

 

Les filets nous les jetons aussi parfois malheureusement dans l’Eglise. Ou plutôt nous les remontons et nous acceptons mal ce qui en sort. Surtout ces poissons multicolores, si pleins de vie qu’ils viennent bousculer nos habitudes. A l’Eglise comme ailleurs, à l’Eglise plus qu’ailleurs, nous avons à nous réjouir de la présence de tous, de chacun. Nous n’avons pas à resserrer les filets pour que surtout rien de ce qui est différent, de nouveau ne passe, mais au contraire nous avons à lâcher tous nos filets, à les laisser en plan, pour accueillir tous ceux que Dieu nous envoie, en pied d’égalité. La liberté, notre liberté est à ce prix : accepter de lâcher prise, accepter de laisser nos filets sur le rivage. Se libérer pour devenir enfin véritablement nous-mêmes.

 

L’appel de Jésus n’est pas un appel qui nous demande de renoncer à ce que nous sommes. Nous pourrions en être convaincus et une certaine théologie, une certaine vision spirituelle l’a malheureusement beaucoup laissé croire.

 

Nous avons beaucoup entendu que pour être disciple du Christ nous devions tout quitter, tout renier, tout effacer et le suivre.

 

Je ne pense pas que ce soit vrai. Nous n’avons pas à renoncer à être nous-mêmes. Nous avons à renoncer à ce qui au contraire nous empêche d’être nous-même, d’être libres. Chacun de nous a son histoire de vie, sa situation, les éléments qui l’empêchent de se sentir libre. Lorsque Jésus nous demande de quitter notre famille, de quitter notre situation, de renoncer aux biens matériels, ce n’est pas car il est jaloux de tout. Ce n’est pas non plus parce que notre situation dans le monde nous ferme les portes du salut.

 

Notre tradition, la tradition protestante est très claire là-dessus. Aucune situation que nous vivons ne peut nous couper de l’amour de Dieu. Nous avons au contraire à vivre proches de Dieu là où nous sommes, depuis la réalité qui est la nôtre.

 

Jésus nous demande de regarder à nos vies, à chacune de nos vies, et à la transformer. A regarder, nous l’avons dit les sources d’asservissement, les relations toxiques et à faire un peu de ménage. A regarder à nos conceptions, à nos certitudes, à ce qui nous a l’air évident et nous demander s’il s’agit là de clefs qui permettent d’ouvrir des portes ou s’il s’agit plutôt des filets qui emprisonnent, qui asservissent, qui tuent.

A regarder surtout et je vous invite à y réfléchir ces prochains jours, à regarder ce qui littéralement nous pompe l’énergie et comment nous pourrions mieux l’employer ailleurs. Car Jésus appelle Simon, André, Jacques, Jean à être des pêcheurs d’hommes.

 

A être des pêcheurs c’est-à-dire à être toujours dans une certaine précarité sans jamais être sûr que ça va marcher. A être des pêcheurs c’est-à-dire à être parfois confrontés à des éléments contraires, à des orages, à des tempêtes, ou à des périodes de creux, de calme plat. A être des pêcheurs c’est-à-dire à savoir travailler en équipe, sans se marcher les uns sur les autres, à savoir exactement qui fait quoi à chaque moment.

 

A être des pêcheurs, c’est-à-dire à utiliser les compétences que leur métier leur a appris mais pour un autre objectif : l’objectif spirituel, la vie vraie et en plénitude, le Royaume de Dieu qui advient.

 

Je vous invite à la sortie du culte à prendre une feuille blanche et un stylo et à faire la liste de vos compétences, de ce que vous savez faire, de ce qui vous plaît. Vous savez un peu comme ces bilans qui sont si à la mode. Et quand vous aurez fini cette liste, je suis sûre qu’elle sera longue, car vous avez chacun chacune mille talents, prenez un temps pour vous demander qu’est-ce que j’en fais ? Comment je peux servir le Seigneur avec ce que je suis, avec ce que je sais faire ? Comment ?

 

Car nous tous avons été créés par le Seigneur et chacun de nous a sa pierre à apporter pour la construction du Royaume de Dieu. « Vous êtes la lumière du monde dit le Seigneur. Une ville située sur une hauteur ne peut être cachée. Quand on allume une lampe, ce n’est pas pour la mettre sous le boisseau, mais sur son support, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. De même, que votre lumière brille aux yeux des hommes, pour qu’en voyant vos bonnes actions ils rendent gloire à votre Père qui est aux cieux. » 

Amen.

 

Pasteure Helena Vicario

(Culte du 12 mai 2019)