Epître aux frères et sœurs de Boulogne

Mes chers amis,

 

         Comme vous l’avez lu dans le message de notre Président du Conseil, il est temps pour moi de quitter notre belle communauté de Boulogne. Un appel a retenti et une nouvelle histoire dans une nouvelle communauté va commencer.

         Il y a dix ans, le Conseil Presbytéral, alors en charge de discerner quel pasteur pouvait exercer au mieux son ministère dans votre église, m’avait accueillie avec une grande gentillesse et une grande ouverture d’esprit. J’étais alors convalescente d’un accident vasculaire cérébral et je redoutais qu’aucune paroisse ne veuille accueillir un pasteur ralenti et peu résistant. Je me souviens avoir été autorisée a priori à prêcher au pupitre si par malheur mes jambes capricieuses ne me permettaient pas de « monter en chaire ».

         Je crois que cette autorisation à être ce que j’étais m’a sauvée et que j’ai pu exercer de nouveau mon ministère avec la joie et la confiance nécessaire à tout ministre du culte, grâce  votre accueil.

         Ensemble, et grâce à votre ouverture d’esprit et votre capacité d’adaptation, nous avons pu élaborer une vie d’église en phase avec la vie quotidienne de nos contemporains. L’intuition du Conseil selon laquelle il fallait se soucier en priorité des enfants et de leurs parents était la bonne et nous avons pu rendre l’Eglise accessible à tous parce que nous nous sommes souciés des plus petits. Aujourd’hui, les jeunes sont chez eux dans l’église, et ont même des idées pour les critères de recrutement du nouveau pasteur ! Je crois que personne ne pourra plus leur retirer ce sentiment d’appartenance à une communauté spirituelle et grand est leur désir de servir la Bonne Nouvelle de Jésus Christ. Aujourd’hui : Ils chantent, ils jouent de la musique, ils lisent des textes bibliques, ils rédigent des prières, bref, de vrais paroissiens à part entière.

         Rencontrer les familles chez elles plutôt que leur demander de venir au temple a été aussi déterminant pour mon ministère. Au gré des rencontres, dans l’intimité des foyers qui m’ont accueillie, j’ai pu vivre cette conversion constante qui nous est demandée dans les Evangiles, parce que vos réalités de vie si diverses et si intéressantes m’ont préservée de toute assurance sur ce qui est bien ou mal, vrai ou faux ; Grâce à ce ministère parmi vous je suis restée dans cette attitude de recherche qui caractérisait déjà mon parcours en philosophie et mes études de théologie, car il n’y a rien de pire que de confondre foi et savoir, spiritualité et morale.

 

         Pas de grandes déclarations, donc, pas d’effets de manches avec ma robe pastorale, sans doute, mais une réelle recherche avec vous de ce qui peut être compris d’un point de vue donné dans une époque donnée à propos de témoignages d’espérance qui ont traversé les âges jusqu’à nous. Nous avons été dans une grande simplicité ensemble et ma reconnaissance vous en est infinie ; pour moi, mais aussi pour ma fille et pour mon époux, car vous leur avez fait une place auprès de vous sans jamais questionner leur légitimité à être là, tout simplement, par grâce.

 

         Nous avons été plus que des frères et soeurs, car les frères et soeurs se battent quelque fois, se jalousent ou s’ignorent, nous avons été des enfants de Dieu paisibles sous son regard et sous les bons hospices d’un verset biblique : « Gloire à Dieu et paix parmi les hommes » . Que cette paix ne vous quitte jamais, pour ma part, je l’emporte avec moi là où ma vocation m’appelle, j’en aurais sans doute besoin, mais je serai forte de cette fraternité vécue.

 

                                                                  Avec toute ma reconnaissance

                                                                   Pasteur Béatrice Cléro-Mazire