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L'édito du pasteur : Unité et Œcuménisme

Lors de la veillée œcuménique 2018 qui s’est tenue à la Maison d’église Saint François de Sales, un film émanant de la communauté du Chemin Neuf a été visionné ; il était intitulé « Le miracle de l’unité a déjà commencé ».
Il reprenait différents moments-clé du dialogue œcuménique mondial de ces vingt dernières années : la signature d’un accord sur la justification entre l’Église Catholique et l’Alliance Mondiale Luthérienne en 1999, la conférence des Églises Orthodoxes, et l’installation d’une communauté œcuménique à demeure dans le Palais de l’Église d’Angleterre à Londres. Au milieu de ce documentaire, une très longue séquence était consacrée à la bénédiction adressée à une alliance d’Églises de Pentecôte par le Pape, par l’intermédiaire d’un de ses amis épiscopaliens. Le travail de réflexion et de rapprochement du groupe des Dombes était aussi bien présenté.

           

            Toutes ces séquences montraient des démarches sincères et chargées d’affection d’hommes et de femmes d’église qui étaient visiblement très touchés de vivre une expérience amicale avec des membres d’autres dénominations chrétiennes.

 

            Pourtant, de l’avis de plusieurs personnes présentes à cette projection, l’on restait sur sa faim et le miracle de l’unité ne semblait pas avoir touché tout le monde.

            En y réfléchissant, ce n’était pas tant les belles initiatives qui étaient montrées dans le film qui laissaient un sentiment étrange, car toutes les personnes qui témoignaient dans le film étaient d’une grande sincérité. Ce n’était pas le temps privilégié accordé à l’intervention papale, ni l’absence complète de petites dénominations chrétiennes, car : comment parler de toutes les églises en si peu de temps ? Non, ce qui était étrange, c’était cette volonté d’œcuménisme à marche forcée, appuyée sur une prière attribuée à Jésus dans l’Évangile de Jean et résumée ainsi : qu’ils soient un afin que le monde croie. (Lire tout le passage dans Jean 17, 20-26).

            L’exigence d’amour fraternel des témoins du Christ ne semble faire aucun doute aujourd’hui, et même s’il ne doit pas se limiter aux relations entre chrétiens, mais être valable pour tout homme, il est certain que les chrétiens doivent montrer l’exemple. Toutefois l’amour du prochain ne signifie pas renoncer à ce qu’est chacun, à son histoire et à l’expression de sa foi. L’Évangile de Jean en est d’ailleurs un bon témoin, car si ce passage a été écrit comme une parole d’autorité de Jésus, c’est que précisément l’unité des chrétiens a posé problème dès le début du christianisme. Les expressions de foi étant très diverses selon les lieux, les prédicateurs, les événements historiques, la force d’adaptation du christianisme et son universalisme ne pouvaient se développer qu’au prix d’une diversité de confessions de foi. Tous les efforts pour ne faire qu’un n’ont souvent abouti qu’à la création de nouvelles dénominations.

            Les églises issues de la Réforme sont d’ailleurs constituées sur ce particularisme permanent et prennent en compte la liberté de choisir l’expression dans laquelle le chrétien dit sa foi le plus sincèrement qu’il le peut.

 

            Que des pactes de non-agression soient signés entre les églises chrétiennes devenues des institutions parfois étatiques, c’est une avancée remarquable, puisque ses pactes évitent les appels au crime et à la discrimination lancés par le passé. Que les dialogues pour mieux se connaître et donc mieux s’aimer soient encouragés est aussi bénéfique pour toutes les dénominations, car on pourrait en attendre que les minorités soient mieux respectées, voire mieux protégées dans certains États. Mais doit-on rêver d’un monde où tous les chrétiens se regrouperaient dans une seule et unique Eglise chrétienne mondiale ? À coup sûr, non.

            Déjà, l’année Luther a montré les limites d’un œcuménisme qui viserait à revenir à un temps où il n’y aurait eu qu’une seule église chrétienne. L’histoire des premiers chrétiens montre que cette unicité d’église est un mythe et les schismes constants dans l’histoire des églises prouvent que c’est le propre des communautés regroupées sur la base de leurs convictions d’être plurielles. La Réforme protestante n’est pas un détail ou une parenthèse historique mais un changement profond de paradigme théologique. Si ce n’était qu’un détail, alors nous pourrions sans peine nous mettre autour de la même table et partager le même repas, le seul qui nous rassemble vraiment et qui pourtant reste le lieu de la division la plus manifeste : la Cène de notre Seigneur.

 

            Il semble que la seule avancée œcuménique qui pourra rassembler les églises dans le respect de ce qu’elles sont, soit celle du renoncement au pourvoir sur la foi des hommes. Quand tous, nous aurons renoncé à dire et faire à la place du Dieu auquel nous déclarons croire, quand les églises auront rendu à César ce qui est à César, alors nous pourrons coexister dans des convictions et des expressions de foi différentes. Mais quand cette communion arrivera, parlerons-nous encore d’églises ? 

 

Pasteur Béatrice Cléro-Mazire