L'édito du pasteur : se vêtir, être investi, revêtir le Christ

Même si le proverbe dit que : « l’habit ne fait pas le moine » il est évident que les vêtements, à toutes les époques, disent quelque chose du rapport des hommes au monde et entre eux. C’est ce que nous explorerons ensemble dans les prédications de cette année. Au-delà du symptôme que peut représenter la façon de se vêtir de tel ou tel, le vêtement contient en lui-même et dans la puissance qu’on lui prête socialement, la force d’investir les individus de rôles particuliers ou d’un destin singulier.
Les auteurs de la Bible n’étaient pas dupes en la matière : la peau de bête de Jean le Baptiste l’institue prophète dans l’imaginaire collectif et le vêtement de prêtre d’Aaron est comme un commandement divin porté à même la peau.
Parfois ce sont des groupes de personnes qui sont repérables à leur vêtement : les vêtements blancs des justes, dans le livre de l’Apocalypse, par exemple. Comme le montre Roland Barthes dans son livre Système de la mode, le vêtement fait signe. Non pas tant parce qu’il dit une vérité sur l’identité de celui qui le porte, comme s’il évoquait la substance même de celui qui est vêtu, car dans ce cas, il serait symbole ; mais parce qu’il situe celui qui est vêtu dans son monde et par rapport aux autres. C’est par rapport aux autres, au contexte, à la norme, que le vêtement fait signe. Les déments, dans la Bible, sont nus et cette absence de vêtement signifie la folie. Le manteau rouge, mis sur Jésus lors des outrages, fait signe par son incongruité. Pour parler du vêtement, Roland Barthes parle du vêtement écrit et du vêtement réel. Ce qui surprend à la lecture de la Bible, ce sont les longues descriptions de tenues vestimentaires. On y découvre des détails saisissants sur des matières, des tissus, des couleurs, des formes, des accessoires, le tout entouré du désir de dire le pourquoi d’une telle façon de se vêtir. Dans la Bible, le vêtement se raconte et fait problème, au sens philosophique du mot. Être vêtu de blanc ou de couleur devient tout à coup essentiel pour la compréhension spirituelle du récit et certains éléments vestimentaires peuvent devenir les héros d’un récit, (la ceinture de lin de Jérémie, le manteau d’Elie, la tunique sans couture de Jésus, pour ne citer que ces stars bibliques).

Fixer le costume selon le rôle donné par Dieu ou décrire les vêtements des personnages pour décrire leur foi, peut nous paraitre étrange à nous qui avons pris l’habitude de ne surtout par décrire son vêtement quand nous voulons parler d’une personne, par peur de stigmatisation, de préjugé, de caricature, nous préférons parler de ce que fait l’autre plutôt que de décrire son vêtement. Les ordres religieux eux-mêmes oscillent entre le désir de se distinguer de la masse de leurs contemporains et celui de témoigner par une apparence particulière et identifiable : se fondre ou faire signe, telle est la question. Et même, plus subtilement : faire signe en se fondant dans la masse. Seuls 43 % de pasteurs réformés portent la robe pastorale pour prêcher, alors que 80 % des pasteurs luthériens la portent. Preuve que le signe ne fonctionne pas de la même façon selon les tendances et les traditions théologiques.

 

Aujourd’hui, il est de bon ton, au moins dans le discours, de rejeter les uniformes, d’affirmer sa personnalité, son autonomie vestimentaire, même si, au final, les rues des villes européennes sont pleines de gens gris, bleus et noirs dont le premier soucis est de ne pas dénoter avec des couleurs trop vives ou des tenues trop extravagantes. Ainsi, le blue jean est-il devenu l’uniforme contemporain, mais les millions de personnes qui le portent ne savent pas toutes que le Denim n’existerait pas sans l’invention huguenote de la famille André, de Nîmes, qui se réfugia à Gênes au XVIIème siècle et fit sa fortune avec la serge dite "de Nîmes".

 

L’apôtre Paul, qui avait parcouru beaucoup des routes commerciales où passaient les étoffes et où se faisait sans doute la mode, aurait aimé cette histoire de toile inventée dans l’adversité religieuse;  dans ses lettres, il nous enjoint de revêtir le Christ. Alors, ensemble, nous allons essayer, en lisant ensemble la Bible, de «relooker» le vieil homme.  

 

Béatrice Cléro-Mazire