La Réforme pour les Nuls : une conférence magistrale de Bernard Cottret

Dans le cadre des célébrations de « l’année Luther » marquant le 500ème anniversaire du début de la Réforme protestante, notre paroisse a accueilli le 19 mars l’historien Bernard Cottret, éminent spécialiste de la Réforme et auteur d’une impressionnante bibliographie sur la question. Il nous a gratifiés d’une très belle conférence sur les origines de la Réforme, ses figures tutélaires, sa finalité.
En se fondant sur le récit dit du « bon larron » (relaté dans Luc, chapitre 23), il a insisté sur un point absolument cardinal ( !) : le fait générateur et la clé de voûte de la Réforme, c’est la question du salut. « La Réforme protestante n’a de sens que par rapport au salut ». La visée des réformateurs n’était pas tant d’amender l’institution ecclésiale, de corriger ses travers et ses trafics dont les célèbres et lucratifs marchés d’Indulgences, mais de faire advenir une « réforme intérieure » pour chaque fidèle, autrement dit de rendre possible une démarche de conversion illuminée par la Parole de Dieu et centrée sur la foi.

L'entreprise de Luther a eu pour stimulus paradoxal une conversion ratée, lorsqu’il était moine augustin. Malgré son zèle et ses efforts incessants, frère Martin ne parvenait pas à se convertir. Jusqu’au jour où il tomba sur ces mots du prophète Habacuc : « Le juste vivra par la foi », réinvestis par Paul dans l’Epître aux Romains. « Ce passage de Paul fut pour moi la porte du Paradis », confia Luther en 1545. Il avait compris que ce n’est pas moi qui me sauve, mais Dieu. Et que la foi, expérience personnelle par excellence, doit devenir le coeur brûlant de la vie du chrétien.

Après Luther, Calvin. Le duo indissociable, décrit par un Bernard Cottret très en verve (et prouvant par son humour débordant que les Protestants ne sont pas prédestinés à une austérité chagrine et ennemie du rire !) comme les « Laurel et Hardy de la Réforme » : le moine gras et faisant ripaille (« il y a de la bière et de la choucroute chez lui » !) et le théologien ascétique, radical et plutôt gringalet. Auteur d’ouvrages de référence sur Calvin, notre conférencier n’a pas manqué de souligner le rôle également central de la conversion dans la pensée calviniste. Le natif de Noyon se fit tirer l’oreille pour aller à Genève ; il y manifesta bien peu de sympathie pour les Genevois, qui le lui rendirent bien, au point de le faire expulser par le conseil municipal (mais il y revint trois ans plus tard). Gagnant Strasbourg, il rencontra Martin Bucer, qui le compara à … Jonas. Un rapprochement qui le frappa puissamment. Calvin comprit que sa vocation n’était pas ordinaire mais prophétique ; et, même sans avoir séjourné dans un poisson, il se vit comme un nouveau Jonas.

 

Troisième et dernière grande figure de Réformateur évoquée par Bernard Cottret : John Wesley (1703-1791), père de l’Eglise méthodiste et sujet d’une insolite conversion. Issu d’une longue lignée de pasteurs et pasteur lui-même, Wesley prit le chemin de l’Amérique pour y convertir les Indiens. Il y tomba amoureux, endura des peines de coeur, fut chassé de la paroisse où il officiait, revint en Angleterre. Mais la traversée n'est pas un long fleuve tranquille. La mer est démontée et sur le bateau Wesley n’en mène pas large. Se trouvent à bord des frères moraves, qui, eux, n’éprouvent aucune appréhension. Ils chantent dans la tempête, tranquilles comme Baptiste. Wesley raconte à l’un d’eux qu’il est parti au Nouveau Monde pour y faire des conversions. L’autre rétorque : « Convertir les autres ? Mais toi, t’es-tu converti? » Stupeur et tremblement ! Ces paroles apparemment anodines changeront le cours de sa vie. Sa conversion eut lieu en 1738, « le 24 mai ». Très précisément. « Je sentis une chaleur étrange s’emparer de mon coeur (…). Le christianisme m’avait sauvé du péché et de la mort. » Et de décrire une expérience de conversion où Dieu est sensible au coeur.

Moralité (pour ainsi dire) : le salut, clé de voûte du christianisme, est une expérience intérieure, personnelle, singulière, intime, et qui emprunte parfois, comme on le voit avec Wesley, des chemins étranges, pour ne pas dire rocambolesques.

Les voies du Seigneur sont impénétrables, mais son message est d’une clarté cristalline : la vraie conversion, c’est l’expérience du salut. Rappel salutaire !

 

David Brunat