L'édito du pasteur : reparler aujourd'hui du Salut

           Le premier grand évènement de l’année Luther s’est déroulé le 19 mars dernier et l’accueil de Bernard Cottret pour nous parler de la Réforme sous l’angle de la conversion nous aura aidés à remettre la foi au centre de cet anniversaire. La tentation serait grande à faire de cette année 2017, l’année de l’érudition sur un personnage historique, sans prêter attention à l’expérience spirituelle qui sous-tend la Réforme.

            Comme Bernard Cottret l’a souligné dans sa conférence (voir article de D. Brunat), c’est la notion de salut qui est au centre des préoccupations des réformateurs.

           

            Au 16ème siècle, la foi en un Dieu qui punit, qui juge et envoie soit au paradis, soit en enfer est admis par le plus grand nombre. L’Eglise se fait l’écho de la colère de Dieu et affirme avec force ce qu’elle prétend savoir de la volonté divine. L’esprit critique n’est pas de mise sur la question de Dieu et les penseurs les plus audacieux risquent leur vie à vouloir remettre en question les dogmes imaginés par l’Eglise pour soumettre un peuple de fidèles plus apeurés qu’enthousiastes. Dans ces conditions, la notion de salut peut être utilisée de multiples façons pour obtenir la docilité des fidèles et la toute-puissance d’un clergé qui tient lieu de Dieu sur terre. La personnification du diable, la menace de l’enfer, le transit par le purgatoire sont alors autant d’images qui servent la cause du pouvoir clérical en lui permettant de monnayer le salut de Dieu auprès de fidèles qui ont intégré leur indignité. 

 

            Mais comment parler aujourd’hui du salut de Dieu ?

            La notion n’est pas très tendance dans une société sécularisée, où l’athéisme n’est heureusement plus passible du bûcher et où les superstitions et les diableries ne régentent plus le quotidien de nos contemporains.

            Peut-on encore être chrétien dans une société qui ne réclame pas son salut à Dieu ?

            La question est vertigineuse, et notre théologie peine peut-être un peu à y répondre.

            Dans la théologie réformée - qui garde la conviction que l’homme est pécheur mais, de façon ontologique et non volontaire - Dieu sauve cette indignité des enfants de Dieu, par pure grâce et sans réclamer satisfaction pour les fautes commises contre lui. Toutefois, cette grâce ne se révèle que dans la foi. Ainsi, l’athée se passe aisément de ce salut, lui qui ne connait pas le péché, puisqu’il ne connait pas Dieu. La foi devient alors, par la révélation qu’elle fait à l’homme de sa relation avec Dieu, un fléau autant qu’une grâce. Un fléau - parce que la foi révèle à l’homme ses manquements vis à vis de Dieu qui est infiniment plus grand, juste et bon que lui - et une grâce, parce que l’homme reçoit la conviction que Dieu le sauve dans sa miséricorde infinie en le graciant de toutes ses fautes.

           

            Pas étonnant que le détour par la foi en un Dieu qui révèle les fautes tout en les absolvant ne soit pas vu comme indispensable par la plupart des hommes modernes. La Réforme, en libérant l’homme de la peur de Dieu, aurait-elle creusé la tombe de la foi chrétienne ?

            De quoi vouloir être sauvé ?

           

            Sans doute est-ce la systématisation de la théologie qui est remise en cause, plus que la foi. Sans doute est-ce la « cuisine salvatrice » qui est devenue hermétique pour notre époque plus que le salut de Dieu lui-même. Car en effet, systématiser une relation, fut-elle entre l’homme et son Dieu, est certainement une erreur.

            La systématisation théologique n’est sans doute pas ce que nous venons chercher aujourd’hui dans les textes bibliques ou dans les églises - pas plus, d’ailleurs, qu’à l’époque de Luther. Ce que nous venons chercher, c’est encore le salut, mais nous ne l’appelons peut-être pas de cette façon. Aujourd’hui, nous parlons plus d’accomplissement, de sens de la vie, de réalisation personnelle, mais, là aussi, pour nous sauver de quoi ?

            Peut-être d’une peur qui s’est déplacée au fil des siècles de l’enfer vers le vide.

            Notre prière serait alors devenue : Seigneur, sauve-nous d’une vie pour rien.

 

Pasteur Béatrice Cléro-Mazire