L'édito du pasteur : 2017, se réformer sans cesse

Cette année, nous fêtons l’anniversaire de la Réforme protestante et plus exactement le geste provocateur que Luther fit en placardant les quatre-vingt-quinze thèses qu’il avait écrites contre le commerce des indulgences, sur la porte de l’église de Wittenberg.

 

            Toute cette année, nous allons nous souvenir du geste réformateur que fut la Réforme protestante et des conséquences pour la pensée, philosophique, éthique, économique et théologique d’un tel geste. Le risque serait d’en faire une commémoration qui nous plongerait dans la nostalgie d’un passé où les hommes avaient tout à inventer, à révolutionner, à réformer. En effet, l’anniversaire de la Réforme pourrait se contenter de rappeler qu’un moine nommé Martin eut un jour une illumination en lisant l’épître de Romains de Paul, un autre illuminé et converti, et que de sa lecture, il tira des conséquences tellement radicales, que l’histoire de l’Europe en fut changée.

            Mais ce serait faire de cet évènement, certes important, une image agréable digne de la Légende Dorée. Luther, tel un saint, vêtu de vert, portant la Bible en Allemand dans une main et ses thèses dans l’autre, serait alors tout juste bon à trôner dans nos temples, comme le saint patron des chrétiens ayant compris le message véridique de la Bible.

           

            A chercher un acte fondateur dans la lecture éclairée du moine Luther, ou dans l’affichage de thèses dénonçant les agissements de son église, nous pourrions bien trouver une anecdote historique qui, avec un contexte politique différents, un pape différent, un moine Augustin différent, n’aurait peut-être pas eu lieu. C’est déjà le discours que l’on peut entendre ici et là pour minimiser l’évènement de la Réforme Protestante.

            Le geste fondateur, pourtant, est au-delà d’une attitude liée aux circonstances du moment, il s’agit d’une véritable révolution Copernicienne. D’un renversement de point de vue qui allait entraîner des réformes dans tous les secteurs. Un tel mouvement ne peut être juste anecdotique.

           

            Affirmer que la grâce de Dieu, la justification de l’homme, le salut, sont donnés dans la foi seule est une conversion théologique et anthropologique qu’un concours de circonstances ne peut expliquer à lui seul. Il faut du courage pour affirmer une telle confession de foi et en assumer les conséquences. Sans doute faut-il accepter de devenir prophète.

 

            Fêter la Réforme en 2017, et je dis bien fêter, c’est sans doute assumer d’être prophétique dans le monde d’aujourd’hui, en osant retourner les systèmes de pensées bien établis qui n’ouvrent plus d’horizon aux hommes, pour inventer autre chose, essayer encore d’autres voies pour penser la place de l’homme dans ce monde, et son salut.

            Il y a tant de chantiers ouverts dans le mouvement de la Réforme et qui sont encore en cours : l’égalité entre les hommes et la question des hiérarchies, la relation de l’homme à l’argent et la notion d’entreprise, la question de l’idolâtrie en religion, le problème de la séparation des pouvoirs, et bien sûr, le combat que même les prophètes n’avaient pas, en leur temps réussi à poser réellement, la place des femmes dans nos sociétés.

            S’il fallait représenter Luther dans une actualisation colorée à la Andy Warhol  aujourd’hui, sans doute son bonnet serait-il rose !

 

            Luther 2017, fête d’abord la capacité de l’homme à réformer sans cesse sa pensée, pour rester libre et ne pas subir sa vie. Cette liberté-là, les prophètes d’Israël en parlaient déjà il y a bien longtemps, mais n’est-ce pas le propre de la Réforme que d’être éternelle?