L'édito du pasteur : l'avent, gestation spirituelle

Un grand signe apparut dans le ciel : une femme vêtue du soleil, qui avait la lune sous ses pieds et une couronne de douze étoiles sur la tête. Elle était enceinte et elle criait dans les douleurs et le tourment de l’enfantement. Apocalypse 12, 1- 3

 

            En ce temps de l’avent, nous sommes dans l’attente de Celui qui incarne une Parole de salut. Cette attente spirituelle se télescope avec toutes les attentes de notre société qui semble de plus en plus clairement entrée dans une période charnière de son histoire.

            Nous sommes pris entre le désir de conserver la place de l’homme tout puissant sur le monde qui l’entoure et celui de renoncer à cette toute puissance de l’homme pour interagir autrement avec ce qui nous entoure. Nous sentons qu’il faut repenser nos rapports sociaux et nos modèles politiques, mais nous avons du mal à abandonner nos modèles anciens au point que les  discours de réaction fleurissent un peu partout en Europe, remettant en question des libertés et des droits difficilement acquis. Nous savons que notre environnement est détruit par notre hégémonique consommation et notre gaspillage des ressources naturelles mais,  en même temps, nous croyons toujours au modèle économique basés sur « l’hyper-production » et la consommation.

            Nous sommes dans l’attente, sans savoir de quel côté se fera la bascule. Nous sommes comme un monde en gestation, qui peut enfanter les plus belles initiatives : les réflexions éthiques existent maintenant dans tous les domaines, les citoyens s’organisent pour inventer de nouveaux moyens de production et de consommation, les systèmes virtuels permettent aux hommes de tous les pays de communiquer et de s’informer davantage. Nous sommes dans l’attente, comme un monde en gestation qui vit les douleurs de l’enfantement : raidissement des positions politiques, violence des revendications religieuses, revendications identitaires construites contre l’autre…

            Notre Eglise, elle aussi, est traversée par ces deux courants : nous sommes capables de faire l’union entre deux églises, ce qui représente une innovation religieuse dans notre pays, nous sommes capables d’ouvrir nos rites à des formes d’alliances jusque-là exclues de toute bénédiction, et dans le même temps, des courants identitaires et réactionnaires élèvent leur voix pour « attester » de leur foi pure, s’estimant plus chrétiens que tous les autres, plus convaincus, plus fervents, plus authentiques et accusant leurs humbles frères, pourtant eux-aussi protestants, d’êtres tièdes dans leur témoignage.

            Alors, comment attendre sans renoncer à agir ? Comment préparer la venue du monde qui vient sans le subir ?

            C’est peut-être la question que nous pose ce temps de l’avent 2016. Non pas, « Que peut-on attendre ? », mais plutôt « Comment traverser ce temps de gestation sans rater les réformes profondes qui nous incombent ? ». 

            Nous pouvons peut-être le faire en restant ouverts à toute nouvelle voie qui s’ouvre devant nous et nous invite à vivre cette devise de notre église - « semper reformanda »  - sans rejeter le mouvement et la nouveauté mais en les accompagnant.

            Peut-être pouvons-nous aussi contribuer en offrant des lieux de réflexion, de méditation, de prière au milieu du tumulte. Après tout n’est-ce pas notre seule vocation d’être lieu de halte au milieu de l’agitation, élan de relation fraternelle au milieu des ruptures, fabrique de paix au cœur de la violence ?

                                                                                                             Pasteur Béatrice Céro-Mazire