L'édito d'octobre- novembre : les gestes qui sauvent

Il est dans nos vies des gestes qui sauvent. La main qui se pose sur l’épaule dans le deuil, le don de quelques pièces pour la subsistance, les mains qui bénissent et redonnent la dignité perdue, les bras qui s’ouvrent pour accueillir l’enfant qui revient enfin ou les mains qui se joignent pour s’en remettre à Dieu.

Qu’est-ce qu’un geste? Ce n’est pas un acte qui pose une réalité nouvelle, mais ce n’est pas seulement un mouvement du corps. Le geste est un mouvement qui fait signe. C’est l’inscription dans l’espace d’un mouvement qui est porteur de sens.

            Si je me gratte la tête parce que j’ai vraiment des démangeaisons, ce n’est pas un geste, mais si je me gratte la tête pour faire comprendre que je cherche une idée compliquée, je fais un geste qui dit quelque chose.

            Le geste s’inscrit donc dans un code et peut se déchiffrer, c’est un langage du corps ou des corps, car il peut être collectif. Mais le geste n’est pas toujours lié au corps au sens propre du terme, il peut être lié à des acteurs fictifs qui n’ont pas de corps réel.

Par exemple, on peut parler du geste de la Réforme Protestante, en tant que mouvement qui fait sens pour le religieux et qui dit quelque chose de nouveau sur la relation de l’homme à Dieu.

            On peut parler du geste de la conversion, qui équivaut à un retournement sur soi-même qui renverse les références habituelles pour en créer d’autres.

            Enfin, le vocabulaire littéraire nous offre une acception du terme geste qui a de quoi nous interpeler pour notre lecture de la Bible : « la geste » des chevaliers et autres héros qui dessinent par leur vie même un itinéraire, une quête qui initie ceux qui en sont témoins et les invite à faire de même.

            Ainsi, la geste du Christ nous invite-t-elle à « aller et faire de même ».

Toute cette année, nous allons explorer ensemble les gestes de la Bible : les gestes de la main de Dieu, ceux de Jésus, mais aussi les gestes des patriarches, parfois à la limite de la magie - d’autres fois tentés par la superstition. Les textes bibliques nous décrivent des gestes qui disent quelque chose de Dieu et de la foi des hommes. Nous allons tenter de déchiffrer ces gestes au cours des prédications, dans les soirées Théophile, mais aussi dans le travail de l’atelier liturgique où nous repensons le rite pour qu’il reste signifiant pour le plus grand nombre.

            Les enfants étudieront l’aspect prophétique des gestes bibliques et les adolescents du catéchisme découvriront ce qu’a été le geste de la Réforme Protestante.

 

            Cette réflexion sur le geste rejoint des préoccupations de notre temps, comme le lancement de la campagne « Exilés, l’accueil d’abord » qui appelle à faire un geste  d’accueil pour ceux qui arrivent en Europe; mais aussi l’expérience du terrorisme avec ces gestes menaçants ou sanguinaires qui poussent les sociétés modernes à se replier dans la sécurité et la réaction.

            Dans ce contexte, quel geste notre église veut-elle poser?

            Et surtout quel est le geste de la main de Dieu?

 

                                                                                              Pasteur Béatrice Cléro-Mazire