La prédication du mois - juin 2016

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Le 15 mai à Boulogne-Billancourt, dimanche de Pentecôte

 

Épître aux catéchumènes

 

Chers amis,

Beaucoup de choses importantes ont été dites dans toutes ces confessions de foi de nos catéchumènes. Et nous avons vu que chacun a choisi de partager avec nous un texte biblique différent.

Emeric a été touché par cet enseignement de Jésus en parabole (luc 18,9), qui nous apprend à ne pas avoir d’apriori sur les autres et à rester toujours humbles en matière de foi. Car Dieu seul est juge de la sincérité de nos intentions et de la valeur de notre vie.

Anaïs a été touchée par ce cheval blanc de l’Apocalypse (Ap 1-2) qui surgit en vainqueur de tout le mal qui ronge la Terre. Elle a mis le doigt là où souvent notre foi est sensible: la question du mal. Comment affirmer l’existence d’un Dieu et d’un Dieu bon, quand le mal persiste partout sur notre Terre?

Xenia a trouvé dans la Bible le texte de la lettre aux Ephésiens ((Eph 5.19-21) pour dire sa joie profonde d’être en communauté pour chanter et se réjouir ensemble. Son Dieu est Dieu de la joie, et elle nous redit combien le fait de se réunir nous soutient et peut nous rendre heureux malgré toutes les difficultés de nos vies, c’est le lieu où notre joie peut et doit s’exprimer, car on n’est pas chrétien tout seul.

Thibault a pris du christianisme ce qui peut rendre meilleur l’être humain : dans le livre des Proverbes (3, 27-30 , c’est l’éthique chrétienne qui pour lui est importante. la vie avec ou sans Dieu n’est pas la même, pour lui, car Dieu nous rappelle sans cesse que nous ne vivons pas pour nous uniquement, mais que nous sommes dans une communauté humaine solidaire.

Et Hadrien, a choisi les paroles de l’Ecclésiaste (11.7-10), ce sage ayant l’air toujours un peu désabusé avec ses « vanités » et qui pourtant nous rappelle que même lorsque nous vivons avec joie les années de jeunesse, ce que nous y faisons est retenu par Dieu en jugement. Dans l’espérance du bonheur, la responsabilité est donc toujours centrale.

 

Nos catéchumènes nous ont parlé de l’humilité, de  l’espérance, de la joie, de la solidarité et du bonheur, à travers les textes bibliques qui les ont touchés, mais ils nous ont aussi livré ce qu’ils peuvent dire aujourd’hui de plus sincère et de plus juste concernant leur foi.

Là encore, pas de discours convenu chez nos enfants qui ont fait preuve de prudence, de sincérité et d’indépendance en écrivant leur témoignage propre, nous faisant la grâce de partager avec nous ce que nous serions, nous-mêmes, bien en peine de dire.

En effet, pas facile de témoigner de sa foi en un Dieu que personne n’a jamais vu, qui s’est révélé en un homme qu’on a crucifié et dont on dit qu’il est ressuscité sans bien savoir ce que c’est que cette résurrection.

 

Tous les cinq, je sais combien vous avez hésité avant de dire ces témoignages, je connais vos scrupules à vous avancer sur un terrain où toute affirmation semble pouvoir être démentie à tout moment.

Et la Bible parfois n’aide pas, avec ces textes qui exposent la vision d’un Dieu qui punit, d’un Dieu qui détruit, qui juge et sanctionne des hommes qui ont déjà tant de mal avec leur propre vie d’humains.

Mais il y a aussi, et vous les avez trouvés pour vous, des textes qui entrent en échos avec nos propres vies, qui résonnent sans que nous sachions bien pourquoi, avec nos propres expériences, heureuses ou malheureuses. Des textes qui provoquent une libération en nous, qui nous permettent d’oser dire : «  je crois » .

 

Tous ces textes, et c’est ce que dans notre catéchèse, avec Ademir, Claire et Rose, nous essayons de vous faire sentir, tous ces textes sont de véritables témoignages de foi, même s’ils nous semblent décrire parfois un Dieu qui n’est pas le nôtre : Celui qui parle à l’intimité de notre cœur.

Comme témoignages, ils sont humains. Et ils disent ce que d’autres ont cru avant nous, avant vous. Ils nous racontent comment les hommes ont pu apprivoiser l’idée de Dieu (dont parlait Hadrien) dans le contexte où ils vivaient et quelle place ils leur donnaient dans leur histoire.

Pour nous, chrétiens, la tentation est grande de considérer surtout les textes de l’Ancien Testament de cette façon et de changer d’attitude avec les Evangiles, car ces Evangiles nous semblent plus proches de notre compréhension  de Dieu, grâce à la figure centrale d’un homme nommé Jésus, qui nous semble proche. Pourtant, là aussi c’est affaire de témoignage, et nous ne devons pas tenir les textes Evangéliques pour ce qu’ils ne sont pas. Ils ne sont pas le dernier mot de Dieu, la seule compréhension de Dieu. Nous devons nous aussi témoigner de ce qu’est Dieu pour nous et repenser la figure exemplaire du Christ dans notre vie.

Car lire la Bible, c’est entrer dans une longue chaîne de témoins. Des témoins qui écrivent ou disent leur témoignage propre, leur propre compréhension de Dieu.

Ainsi chers amis catéchumènes, et vous tous ici, si vous pouvez dire que vous croyez en Dieu, alors, vous êtes invités à écrire votre propre Evangile. Car Dieu c’est Dieu pour vous, pour chacun de vous, et personne ne peut se mettre à votre place, de votre point de vue de témoin.

Mais alors, avec tous ces points de vue individuels et différents, comment faire église? Comment se sentir en communauté de foi avec d’autres croyants s’ils ont chacun une vision de dieu différente?

Peut-être en acceptant que ce soit notre humilité de chrétien qui nous réunisse d’avantage que notre orgueil de croyants. Car deux hommes qui avancent dans l’humilité de leur « ignorante recherche » de Dieu valent mieux que dix qui affirment leur certitude sur Dieu sans rien « savoir » de lui.

 

            Chers Emeric, chère Anaïs, chère Xénia, cher Thibault et cher Hadrien,  vous allez continuer à grandir dans une société où les convictions voudront prendre le pas sur l’argumentation, vous aurez à subir et à combattre les discours simplistes des gens qui prétendent savoir ce que tous doivent penser.

Ici, nous avons essayé de faire de vous des lecteurs éclairés et humbles, nous avons essayé de vous apprendre à aimer Dieu de tout votre coeur, mais aussi de toute votre intelligence, c’est la marque de fabrique de notre Eglise protestante, et beaucoup avant nous y ont risqué jusqu’à leur vie.

Alors, soyez toujours confiant en votre Dieu et n’hésitez pas à prendre le chemin le plus long, celui de la réflexion, quand tous les autres se précipitent sur les chemins tout faits de la réaction, n’hésitez pas à être minoritaires avec ceux que l’on exclut sans chercher à les comprendre, n’hésitez pas à espérer là où l’on détruit tout espoir. Mais faites tout cela avec votre intelligence.

Ne laissez jamais la bêtise gâcher ce que vous avez appris de ce qui vous aiment.

Car le plus grand fléau sans doute dans le monde c’est la bêtise, et une fois qu’elle s’enracine, elle amène avec elle la violence et la destruction.

Jésus, nous a sauvés en nous montrant le chemin difficile de la foi. Et les Evangiles nous racontent combien sa foi était critique envers sa propre religion. Il n’a pas suivi les foules, il ne leur a pas servi ce qu’elles attendaient, et il a été seul souvent, et on l’a laissé endosser seul sa responsabilité et une culpabilité qui n’était pas la sienne. 

Pourtant aujourd’hui encore il est cette lumière dans nos vies et le monde entier lui rend témoignage.

Alors, à vous mes enfants, j’ose dire « mes enfants », à vous de témoigner et d’apporter dans ce monde la sagesse dont il a besoin. Ne craignez pas pour vous-mêmes, Dieu vous bénit et vous garde.

 

                                                                                                                                 AMEN.

Pasteur Béatrice Cléro-Mazire 

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